DOMUNI

Michel Van Aerde : " Le Baptême de Jésus ", Luc 3,15-16.21-22


Auteur(s): Van Aerde Michel 

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 3,15-16.21-22.

Le peuple venu auprès de Jean Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Messie. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. Comme tout le peuple se faisait baptiser et que Jésus priait, après avoir été baptisé lui aussi, alors le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint descendit sur Jésus, sous une apparence corporelle, comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre : « C’est toi mon Fils : moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. »

Pour écouter, cliquer sur l’image

Zip - 5 Mo

Homélie

« C’est toi mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré ». Méditons cette parole énigmatique qui, à l’évidence, recèle un sens très profond sur l’origine de Jésus, son identité et sa mission. Nous aussi, nous nous posons ces questions. Vous connaissez le mauvais jeu de mot : « qui suis-je ? Où cours-je ? Dans quel état j’erre ? » Autrement dit d’où venons-nous et où allons-nous ? Quel est le sens, la direction de notre vie ? Quelle est aussi notre identité ? L’identité est devenue une question très à la mode. Nous ne sommes plus très sûrs de notre identité, il faudrait même la défendre, selon certains. Les français ont été jusqu’à créer un « ministère de l’identité nationale », comme s’il s’agissait de quelque chose qui risque de se perdre, qu’il faudrait protéger, comme une œuvre d’art ou comme le climat... Ici, au cœur de l’Europe, à la jonction des cultures latines et anglo-saxonnes, nous sommes davantage conscients que l’identité est le résultat, complexe et toujours en évolution, de multiples relations et que l’immigration est une chance plus qu’une menace, une richesse et non pas un appauvrissement. Son identité, on ne se la donne pas à soi-même, on la reçoit des autres, dans histoire personnelle et communautaire, marquée de moments historiques très forts.

C’est ainsi que Jésus se retrouve au milieu de la foule, une foule en pèlerinage, en mouvement, une foule qui s’est déplacée comme à Lourdes ou à Beauraing, pour prier. Et c’est dans cette foule qu’il vit, parmi les autres, une expérience forte, décisive, qui est pour lui et pour les autres comme une initiation ou une révélation.

Le peuple est au bord du Jourdain, là où, sous la conduite de Josué, il est entré dans la terre promise pour prendre possession de Jéricho. Le peuple attend le nouveau Messie pour entrer sur une terre promise renouvelée. Il fait un geste de pénitence pour être purifié. Et Jésus, loin de mépriser ce rite très basique de purification, se soumet à cette pratique avec humilité, et il va prier. Oui, vous l’avez entendu, Jésus va prier…

Vous, vous priez Jésus… Lui, il prie non pas le « petit Jésus » mais le « bon Dieu ». Jésus prie. Il n’est pas autosuffisant, prétentieux, fermé sur lui-même comme ceux qui ne prient jamais. Il n’est pas matérialiste au sens de n’accorder de l’importance qu’à ce qui s’impose dans l’évidence des sens. Il y a en lui une ouverture du cœur à plus grand que lui. Il est sensible à une autre dimension que celle de tout ce que l’on peut toucher, constater, voir, palper comme des objets. Il est en relation avec un monde invisible qu’il pressent proche et important. Il écoute en son cœur le murmure délicat d’une source qui est, comme dit saint Augustin : en lui-même plus intime que lui-même, plus haute que le point le plus élevé de lui-même.

Alors, nous dit l’Evangile, une voix se fit entendre : « C’est toi mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré ».

Il n’y a pas besoin d’être un grand spécialiste de la Bible pour savoir que cette phrase est une reprise du psaume 2. Si vous avez une bonne bible, c’est-à-dire autre chose qu’une édition de poche, avec les notes en bas de page, les introductions et des parallèles dans les marges, vous avez l’indication psaume 2, verset 7. C’est un psaume messianique, vous n’en serez pas surpris, qui précise donc la mission du Fils en question, une mission universelle, auprès de tous les peuples, pour soumettre les grands de la terre qui conspirent contre Dieu. Ils conspirent contre Dieu, c’est-à-dire qu’ils ne respirent pas avec lui, ils ne conspirent pas avec le Souffle de Dieu, l’Esprit commun du Père et du Fils. Ils ne respirent d’ailleurs rien du tout que leur vide. Ils ne sont pas en communion, en conspiration. Ils n’ont pas l’Esprit Saint. Aujourd’hui cet Esprit Saint apparaît comme une colombe, il est là, manifestement. Mais tout cela, vous le comprenez bien, est à entendre intérieurement, symboliquement, c’est-à-dire dans son sens le plus fort et pas seulement anecdotique, comme une image d’Epinal. Il s’agit de l’Esprit qui planait sur les eaux du déluge et qui vient reposer sur le premier sommet émergé, sur la tête du premier-né d’entre les morts, sur le Fils bien aimé qui vient révéler à tous les enfants de Dieu qu’ils sont aussi des bien-aimés et qu’ils peuvent respirer à plein poumons le Souffle de l’amour qui est la vraie vie.

C’est pourquoi ce que Jésus entend et comprend dans son cœur, tous l’entendent et le comprennent comme nous aujourd’hui dans leur cœur. Nous sommes enfants de Dieu, engendrés aujourd’hui comme chaque jour. Nous vivons dans une société où plus personne ne sait ce que c’est qu’un père parce que soit les pères sont absents, soit ils sont tyranniques et abusifs. Alors Jésus nous introduit dans une relation renouvelée avec le seul Père que l’on ait ainsi le droit d’invoquer. « N’appelez personne ‘père’ car vous n’avez qu’un seul Père, qui est aux cieux ». Et, comme dit Maître Eckhart : « Dieu s’engendre comme moi-même, Dieu m’engendre comme lui-même » . C’est au moment où nous croyons en Jésus Christ, que s’accomplit pour nous sa parole : « Vous êtes des dieux, vous qui écoutez la Parole de Dieu ». Alors notre cœur s’ouvre à la source de toute vie et prenons contact avec notre origine, plus réelle que le réel. Nous pouvons entendre à notre tour « Tu es mon Fils, aujourd’hui, je t’ai engendré » et cette relation, constitutive de notre identité, nous emmène très loin, bien au-delà de tout ce que nous pouvons pour le moment seulement imaginer.